Une curieuse motivation J’ai passé le concours d’entrée en section photographie à l’Académie des Beaux-arts de Bruxelles sur le thème « Territoire intime ». Un des thèmes donnés lors de ma première année s’intitulait « À la rencontre de… » Le fait de travailler sur ces thématiques a révélé en moi une curiosité latente, qui s’est rapidement transformée en une sorte d’addiction : porter mon appareil à la rencontre de l’autre, et plus particulièrement de l’autre chez lui, dans son environnement. Cette envie d’aller à la rencontre de l’autre, qui anime également les chercheurs en sciences sociales est le moteur de mon travail. Bien souvent, comme pour l’ethnologue, l’appareil photo joue le rôle de laisser-passer pour le photographe ; il lui permet de justifier sa présence. En possession de son passe-partout, il peut alors naviguer à travers toutes les classes sociales et ouvrir des portes sur des milieux à priori fermés pour les non-initiés. J’ai ainsi pu, dans le cadre de mes aventures photographiques, rencontrer entre autres : des « dames à chiens », un millionnaire désargenté, une dame de cour, d’autres Marie Meyer, mes voisins, un plongeur nonagénaire, une société de psychanalystes freudiens, une chorale de veufs et de veuves… L’appareil photo m’a aussi conduit dans des endroits assez improbables, où je n’aurais sûrement pas mis les pieds sans lui, comme dans un bar à strip-tease miteux, un hôtel canin aménagé dans un ancien bordel, le fumoir d’un hôtel cinq étoiles ou encore un club de pétanque en Flandre. Je photographie toujours les gens dans leur environnement intime car je pense qu’il y’a un véritable effet portrait de la maison, au delà du simple inventaire culturel. La contextualisation des modèles appuie leur singularité d’individu, même si on retrouve souvent des motifs récurrents chez plusieurs membres d’une même communauté. Je m’intéresse également au rapport de l’individu au groupe et c’est pourquoi je privilégie le mode de présentation de mes images en série. À la manière d’un anthropologue, je tente d’articuler le particulier et le général. Par le tissage de relations individuelles et personnelles, je cherche à comprendre le collectif, le fonctionnement d’un système ou d’une communauté. Et par le mouvement inverse, en approchant une communauté, je cherche à connaitre plus personnellement les membres qui la constituent. Mon but n’est pas de photographier les gens comme les Becher ont inventorié les châteaux d’eau, mais par un certain systématisme lors de la prise de vue et de la monstration des images, de mettre en évidence à la fois ce qui à la fois les rapproche et ce qui les distingue, et construire ainsi des typologies singulières.